L’IA située dans la lignée des General Purpose Technologies, ses co-inventions, ses pratiques pédagogiques et son enracinement polynésien.
L’IA générative s’inscrit dans une lignée de technologies à usage général (GPT) qui ont chacune transformé l’économie, l’organisation sociale et la cognition humaine. Suivant Brian Arthur (The Nature of Technology, 2009), chaque GPT combine et réagence des GPT antérieures — la nouveauté n’est jamais une création ex nihilo.
Branches grises : filiations advenues (orthogonales, style cladogramme). Branches vertes : héritages directs vers l’IA (corpus textuel via Écriture, calcul via Ordinateur, réseau via Internet). Branches en pointillé : perspectives ouvertes par l’IA (niveau 1 : 4 domaines ; niveau 2 : 3 voies en éducation). Points gris : jonctions — fourches (1 parent → 2 enfants) ou réticulations (2 parents → 1 enfant).
Une GPT ne produit de valeur qu’avec son cortège de co-inventions. L’électricité n’a transformé l’industrie qu’après la refonte des architectures d’usine. De même, l’IA n’aura d’efficience pédagogique que si l’on développe en parallèle huit chantiers complémentaires.
Au plus près de l’acte pédagogique, on retrouve le sandwich IA — métaphore consensuelle popularisée notamment par Dr Lane Freeman et l’AI Pedagogy Project (Harvard) : l’humain cadre l’intention (le pain du dessus), l’IA génère sur consigne (la garniture), l’humain reprend, relit et signe (le pain du dessous). Mme Romero la mobilise dans son enseignement avec une variante « club sandwich » à pilotage intermédiaire, où l’humain reprend la main entre chaque génération de l’IA. Le burger à composer ci-dessous en montre la structure couche par couche, puis la galerie décline ce même geste à toutes ses échelles, de la clarification de l’intention avec l’IA jusqu’à l’intelligence collective, en gardant un principe constant : le pain, c’est-à-dire l’humain, encadre toujours la garniture.
Choisissez une taille et un mode : les couches s’écartent puis se réassemblent. Touchez une couche, ou son nom dans la liste, pour lire le geste qu’elle représente et le type d’intelligence qu’elle mobilise.
Pain doré au sésame : intelligence individuelle humaine.
Burger à composer. Taille simple : le pain du haut, humain, cadre l’intention ; la garniture, l’IA, génère sur consigne ; le pain du bas, humain, relit, s’approprie et signe. Taille double : une couche de fromage, l’intelligence hybride, ajoute une boucle d’allers-retours rapides entre l’humain et l’IA, suivie d’une nouvelle génération. Taille club, variante de Mme Romero : des pains intermédiaires où l’humain reprend la main, relit et recadre entre chaque génération de l’IA. Mode collectif : le pain du haut devient le brief collectif, le pain du bas la mise en commun, la garniture le travail de chacun augmenté par ses outils, et les pains intermédiaires les échanges entre postes.
Couches, de haut en bas
La progression des usages, racontée en images. Le registre — des burgers dans un document sur l’IA en éducation — est volontairement décalé : la dissonance fixe l’attention et rend les configurations mémorisables. D’un usage ponctuel jusqu’à l’intelligence collective, une constante traverse la série : le pain, c’est-à-dire l’humain qui fixe l’intention, choisit les ingrédients, les agence et en évalue la pertinence. L’IA reste la garniture.
Avant de choisir un outil, d’écrire un prompt ou de produire quoi que ce soit, on clarifie ce que l’on cherche vraiment à faire. Le chef incarne l’expertise humaine, l’intention et la responsabilité de la décision ; l’intendant de cuisine incarne l’IA dans son rôle de partenaire : il connaît les possibles, rappelle les contraintes, propose des alternatives, questionne les choix — mais il ne décide jamais de la recette. L’IA n’apporte pas la vision, elle aide à la révéler et à la rendre assez explicite pour guider la suite.
Un ou deux outils mobilisés pour un besoin précis : rechercher une information, reformuler un texte, générer une image, synthétiser un document. L’IA agit comme un ingrédient qui enrichit le travail ; la réflexion reste entièrement portée par l’utilisateur.
Le burger décomposé rend visible ce qui d’habitude ne l’est pas. Chaque ingrédient figure une famille de capacités — recherche documentaire, idéation, rédaction, analyse, synthèse, traduction, création graphique, programmation. Comme en cuisine, tous les ingrédients ne servent pas à chaque plat : on choisit ceux qui conviennent.
Plusieurs couches apparaissent : on ne parle plus d’un usage ponctuel mais d’une combinaison d’usages complémentaires. Pour une seule tâche, une même personne peut rechercher, comparer, générer, analyser, reformuler, vérifier, illustrer. L’IA n’est plus un outil unique mais un environnement de travail que l’intelligence humaine orchestre.
Hamburger, fish burger, chicken burger, végéburger : toutes les IA ne se valent pas. Certaines excellent pour la rédaction, d’autres pour la recherche, l’image, le code ou la créativité. L’utilisateur construit son propre « menu » en choisissant l’outil adapté à chaque étape — et c’est le pain humain, l’intention qui agence et qui évalue, qui empêche l’empilement de s’effondrer. C’est aussi là que se retrouve la variante « club sandwich » de Mme Romero : l’assemblage se construit en plusieurs passes, l’humain reprenant la main et re-cadrant entre chaque génération de l’IA.
Le changement d’échelle. Chaque cuisinier a son expertise et ses propres outils d’IA ; il prépare son burger, mais surtout il échange en continu — il montre ses choix, partage des ingrédients, questionne, argumente, teste, accepte certaines propositions et en écarte d’autres. Les ingrédients qui circulent d’un poste à l’autre, ce sont les idées, les ressources et les productions générées par les différents outils. Ce ne sont pas les IA qui collaborent entre elles, mais les personnes qui confrontent leurs réflexions, enrichies par leurs usages respectifs. L’intelligence collective naît de la rencontre entre plusieurs intelligences humaines augmentées.
Les huit co-inventions génériques de l’échelle méso prennent des formes spécifiques dans le contexte polynésien : insularité, multilinguisme, connectivité aléatoire, savoirs traditionnels vivants, et stratégie ministérielle en cours. La rosace ci-dessous instancie le méso au fenua.